L’origine de nos expressions 2

 clin d'oeilClin d’oeil de juin 2016

Si vous avez lu la rubrique du mois de mai, vous m’attendiez sans doute au rendez-vous : je ne vous ai pas posé un lapin !

Ce mois-ci, je ne change pas mon fusil d’épaule, amusons-nous de nouveau avec ces expressions que l’on emploie sans bien savoir quelles sont leurs origines. Et vous serez sans doute surpris ! Mais ne prenez pas la poudre d’escampette, en deux temps trois mouvements, je vous livre ici quelques définitions à brûle pourpoint.

Poser un lapin : voici une expression qui a dérivé de son sens premier. A l’origine, un « lapin » désignait un récit fantasque et peu vraisemblable dont on se moquait. Vers le XIXe  siècle, on évoque plutôt un « lapin » pour ridiculiser un homme peu scrupuleux qui quittait sans payer une femme qui lui avait vendu ses faveurs (un chaud lapin ?). D’où l’expression actuelle, qui désigne un rendez-vous fictif avec la sensation de s’être fait avoir !

Changer son fusil d’épaule : employée dès le XIXe siècle, cette métaphore vient du langage militaire pour désigner celui qui change de stratégie.

Prendre la poudre d’escampette : très jolie expression qui nous viendrait de l’occitan “ escamper“ qui, au XVIe siècle, signifiait s’enfuir (escape en anglais !). On imagine que la poudre viendrait de la poussière que les pieds soulevaient en prenant la fuite sur les chemins sablonneux de l’époque !

Deux temps trois mouvements : une expression détournée du langage militaire de 1789 où le soldat présentait son fusil « en deux temps » : l’arme qui était au niveau du pied était d’abord amenée au niveau de la ceinture, puis dans un second temps sur l’épaule. Quant aux « trois mouvements », ils viendraient d’une plaisanterie pour contrecarrer le nombre de temps réalisés.

A brûle-pourpoint : nous restons dans le jargon de l’armée, il faut dire que jusqu’au milieu du 20e siècle, l’institution a fait partie intégrante de la vie de chaque génération. Le pourpoint désignait un vêtement porté entre le XIIIe et le XVIIe siècle. A ces époques, constamment ravagées par des guerres, lorsqu’on tirait à bout portant sur une personne, on lui brûlait le pourpoint et l’action était rapide et sans équivoque ! D’où la signification actuelle, pour évoquer l’immédiateté, la réactivité ! Quelle poésie !

Se faire avoir (…comme un bleu) : décidemment, l’armée a bon dos ! Cette familiarité vient encore de là : l’expression « les bleus » désigne dès 1850, les jeunes recrues auxquelles on fournissait des chemises bleues. Jeunes, naïfs et inexpérimentés, ils étaient cibles de toutes les plaisanteries (on imagine !!).

Au temps pour moi *, j’allais oublier de vous parler de mon nouveau site ! Si vous êtes curieux de découvrir les clins d’œil d’orthographe depuis le début de l’existence de la rubrique (janvier 2015), d’en savoir un peu plus sur mon métier d’écrivaine publique, alors rendez-vous sur osezlesmots.fr

 

* P.S- Au temps pour moi ! : expression que nous employons couramment à l’oral mais à l’écrit ? La tendance est : autant pour moi ! Eh bien non ! Curieusement, cette exclamation nous vient encore du jargon militaire où «Au temps ! » était un ordre utilisé dans le cadre d’exercices séquencés. Manquer un temps dans l’enchaînement des actions nécessitait de tout reprendre au temps du début. D’où la tournure « au temps pour moi ! » pour signifier son erreur et repartir à zéro.

 

Au mois prochain !

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